Cannabis durant la grossesse: hypotrophie à la naissance, retrouve une étude norvégienne

Les résultats de cette étude publiée dans European Addiction Research portent sur la Norwegian Mother & Child Cohort Study (MoBa). Ils intégrent les données de plus de 10 000 grossesses chez des fumeuses actuelles ou passées de cannabis. Il s’agit de l’une des premières études à avoir pu à peu près correctement ajuster les effets du cannabis sur ceux du tabac. Elle montre notamment que l’usage même occasionnel de cannabis entraine une atrophie fœtale significative, en moyenne de plus de 200g à la naissance. L'effet est toutefois proportionnel à la fréquence de cannabis consommé.

Alors que les effets tératogènes de l’alcool commencent à être relativement connus du grand public (jamais assez toutefois), l’impact des autres substances restent souvent peu identifiées par les femmes et leur entourage. C’est vrai pour le tabac, dont les risques pendant la grossesse ne sont pas toujours correctement assimilés. C’est encore plus vrai pour le cannabis, les femmes consommatrices ayant des représentations, certes relativement contradictoires en fonction des personnes, mais encore trop souvent imprégnées d’une perception du cannabis comme un produit naturel et donc moins nocif (voir par exemple les résultats de cette enquête qualitative parus en 2019 dans la revue scientifique internationale Drug & Alcohol Dependence : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30658220/).

Beaucoup d’études épidémiologiques passées avaient déjà montré que l’usage de cannabis, tout comme celui du tabac, était associé à un risque plus important de mort in utero et d’hypotrophie du bébé à la naissance. Mais la plupart de ces études présentaient des biais importants, en particulier elles n’avaient pas pris en compte le tabac associé à l’usage de cannabis (lorsque c’est du haschisch qui est fumé, il est souvent associé à du tabac). Ici les auteurs ont pris soin de correctement évaluer l’usage de tabac, y compris celui associé avec le cannabis.

L’étude a duré presque dix ans (de 1999 et 2008) et a inclus ici 9 312 femmes et 10 373 grossesses. Dans tous les cas, ces femmes incluses rapportaient un usage vie entière de cannabis. Ce point est intéressant, car cela permet d’éviter une critique classique lorsque le compare des usagers à des non-expérimentateurs, à savoir que ce sont des facteurs socio-économiques qui expliquent les différences, et non l’usage de cannabis. Dans l’étude, un suivi des consommations était mis en place, et les auteurs ont évalué l’impact sur différents critères néo-nataux.


Comparativement aux femmes qui n'ont pas du tout fumé pendant la grossesse, et après ajustement par différents facteurs de confusion, dont le tabac, le poids moyen des bébés à la naissance et réduit de plus de 200 g environ chez les femmes consommatrices ( −228 g, 95% CI = −354 to −102, p < 0.001). Malheureusement, les auteurs ne regardaient pas d'autres éléments importants avant l'accouchement (notamment les décès in utero ou bien la survenue d'affections fœtales globales). Il n'y avait pas non plus de suivi des enfants après l'accouchement, même si cela est difficile à mettre en pratique, car il faut suivre les enfants pendant une longue période si on veut évaluer leurs acquisitions neurodéveloppementales ou bien le développement d'affections diverses (bronchiolites par exemple).


Le repérage de l'usage de cannabis chez les femmes enceintes ou les femmes en âge de procréer ne parait pas moins important que celui du tabac. Il sera important de pouvoir évaluer à l'avenir l'impact du cannabis sur le développement de l'enfant exposé pendant la grossesse, puisque l'on sait à quel point le cannabis est un poison neurodéveloppemental plus tard, pendant l'adolescence.



Lien vers l'article: https://www.karger.com/Article/FullText/510821

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