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Nouveau Financement de Recherche pour le SUAL


Le SUAL HCL vient d'obtenir un financement de 660 k€ au titre du PREPS 2022 pour une baptisée PEERSIAD (PEER Support In Alcohol Dependence): Apport des patients-experts en addictologie sur le maintien du suivi et l’efficacité des soins dans l’alcoolodépendance : un essai prospectif contrôlé avec volet médico-économique.


L'étude sera promue par les HCL. L'investigateur principal sera le Pr Benjamin Rolland, et la cheffe de projet Mme Nathalie Enjolras, chercheuse et patiente-experte. L'étude se fera en lien avec le Pôle de Santé Publique des HCL (Dr Julie Haesebaert) et le CIC (Dr Mikaïl Nourredine). Les lieux d'étude inclueront le SUAL HCL, le SUAL Vinatier, le Service d'Hépatologie et d'Addictologie de la Croix-Rousse, et à Paris le Service d'Addictologie du Pr Philip Gorwood (GHU Paris) et le Service de Psychiatrie et d'Addictologie du Pr Michel Lejoyeux (APHP). L'étude bénéficie enfin du précieux soutien de l'association France Patients-Experts Addiction (FPEA).


Ci-dessous le synopsis. PEERSIAD débutera en 2023.





Justification / Contexte

La consommation régulière d’alcool entraine l’apparition progressive de méchanismes complexes de dépendance pharmacologique et de conditionnement comportemental, méchanismes qui participent à la survenue d’un état d’addiction, dont le nom officiel actuel est « trouble de l’usage d’alcool » (TUAL). Le TUAL est un trouble addictologique qui affecterait entre 4 et 6% des français adultes, et nécessite une prise en charge médicale. Parmi toutes les personnes qui consomment de l’alcool, celles atteintes de TUAL constitueraient le principal pourvoyeur de problèmes de santé liées à l’alcool. Il est donc fondamental de mettre en place des politiques visant à promouvoir le repérage et la prise en charge adaptée du TUAL dans la population générale, afin de prévenir ou de limiter les conséquences de la consommation d’alcool dans cette population particulièrement exposée. En dépit des enjeux de santé publique mentionnés plus haut, le repérage et la prise en charge du TUAL se heurtent à de nombreux écueils. Le repérage du TUAL en médecine générale reste insatisfaisant, avec plus de 50% des personnes avec TUAL qui n’ont jamais reçu de prise en charge adaptée pour leur addiction au cours de leur vie. C’est ce qui est appelé le « Treatment Gap », c.à.d. l’écart entre le nombre de personnes ayant un trouble et le nombre de personnes correctement prises en charge pour ce trouble. Même lorsque les personnes atteintes de TUAL consultent pour ce problème, d’autres facteurs participent au Treatment Gap, en particulier les fréquentes ruptures précoces de suivi. Ainsi, une méta-analyse récente a estimé qu’entre 20 et 40% des personnes qui démarrent un suivi pour un TUAL vont avoir un arrêt précoce de suivi, ce ne préjuge pas forcément de leur retour ultérieur en soins mais peut influer péjorativement le pronostic du TUAL et de sa prise en charge. En conséquence, il est important, dans l’évolution du système de soins, au sein des services d’addictologie, de mettre en place et d’évaluer des outils ou procédures innovantes qui favorisent le maintien des patients en soins, et d’évaluer si ce maintien en soins influe favorablement sur le pronostic addictologique des patients.


Le patient-expert est une personne qui, «atteinte d’une maladie chronique, a développé au fil du temps une connaissance fine de sa maladie et dispose ainsi d’une réelle expertise dans le vécu quotidien d’une pathologie ou d’une limitation physique liée à son état ». Dans le champ des addictions, les Patients-Experts en Addictologie (PEA) sont des personnes ayant affronté une addiction, et ayant décidé de mettre leur expérience au service d’autres personnes traversant une situation similaire, après avoir réalisé une formation diplômante attestant d’une pratique professionnelle. Plusieurs études montrent que l’intervention des PEA permet d’améliorer le pronostic global de la prise en charge addictologique, et en particulier dans le TUAL. Notamment, trois importantes études ont montré que l’intervention de PEA était un facteur spécifique associé à une plus grande diminution de consommation d’alcool chez les patients avec TUAL. Mais, dans deux de ces trois études qui étaient contrôlées, l’intervention PEA était en «add-on» par rapport au groupe contrôle, ce qui fait qu’il reste difficile de savoir si les meilleurs indicateurs pronostiques du groupe PEA découle d’un effet spécifique des PEA, ou bien uniquement d’une intervention supplémentaire dans la prise en charge, dont l’effet aurait été le même avec un soignant classique. En effet, par rapport aux soignants dit « classiques », c.à.d. médecins, infirmières, psychologues, etc …, les études qualitatives montrent que les PEA apportent aux patients un sentiment d’identification qui leur donne une motivation supplémentaire pour s’engager dans les soins. Mais le lien entre cette motivation supplémentaire et l’efficacité des interventions PEA n’a jamais été clairement montré. L’étude “PEER Support In Alcohol use Disorder” (PEERSIAD) est une étude interventionnelle prospective randomisée qui vise à confirmer que l’accompagnement par un PEA de patients avec TUAL après un sevrage d’alcool améliore le pronostic global du trouble, mais surtout à déterminer si cette amélioration est associée d’une part à une meilleure rétention en soins, et d’autre part à une motivation plus importante, motivation qui serait elle-même corrélée à un sentiment d’identification avec le PEA. Un dernier volet de l’étude PEERSIAD consistera à réaliser une étude coûts-bénéfices visant à évaluer si les coûts imputables à l’intervention du PEA sont moindres que les réductions de coûts de santé estimés en lien avec son intervention.



Objectifs


L’objectif principal de l’étude est d’évaluer l’impact d’un accompagnement par un PEA, en plus du suivi habituel, sur le maintien en soins à 6 mois de patients pris en charge en ambulatoire en service d’addictologie après un sevrage pour TUAL (Trouble Usage Alcool), par rapport au suivi habituel.


Les objectifs secondaires sont :

Comparer entre les groupes intervention (suivi habituel + accompagnement PEA), et contrôle (suivi habituel seul) :


1) adhésion des patients au suivi addictologique dans les 6 mois


2) coûts réels et imputés


3) évolution entre M0 et M3, et entre M0 et M6, des paramètres suivants :

3a. sévérité du TUAL et niveaux moyens d’usage d’alcool.

3b. qualité de vie


4) qualité perçue par le patient de son accueil dans le service


5) survenue d’une hospitalisation entre M0 et M6, pour TUAL ou autres causes


6) Étude d’implémentation de l’intervention d’un PEA (Proctor Implementation outcomes)

6a. Description dans le groupe intervention de l’accompagnement réalisé par les PEA

6b. Acceptabilité de l’accompagnement par un PEA selon les professionnels, les PEA et les patients accompagnés

6c. Pertinence de l’intervention (appropriateness) du point de vue des professionnels, des PEA et des patients accompagnés

6d. Adoption de l’intervention par les équipes et les patients

6e. Fidélité de l’intervention déployée par rapport à l’intervention planifiée