Prégabaline : risque de switch vers gabapentine ?


Puisque l’on me pose la question ces derniers jours, je vais tenter d’y répondre avec les quelques éléments que j’ai.

(je ne prétends pas détenir 100 % de la réponse à cette épineuse question de la prise en charge des patients addicts à la prégabaline).


Néanmoins, cette question a du sens, ne risque-t-on pas de voir un transfert vers la gabapentine ?


Similitude ?

En 2017, le zolpidem est passé sur prescription sécurisée (assimilé stupéfiant) car il y avait de nombreux abus et falsifications d’ordonnances pour s’en procurer. La zopiclone n’était pas concernée car même si on les considère souvent comme deux jumeaux, ce n’est pas le cas. En effet, le zolpidem se lie à la sous unité alpha 1 du récepteur GABA tandis que la zopiclone se lie également à d’autres sous-unités. Cette « petite subtilité » change néanmoins beaucoup de chose sur le plan addictologie et sur les abus importants constatés.


La dernière enquête (OSIAP 2019) qui vient d’être publiée montre d’ailleurs un effondrement du nombre de falsification d’ordonnance pour le zolpidem suite à cette mesure.

La zopiclone, disponible sur ordonnance non sécurisée avec une prescription limitée à 28 jours, se retrouve néanmoins dans le top 10 en 2019 avec un taux de falsification de 5 % ce qui montre tout de même que la dépendance pharmacologique est bien présente.


Contexte

La prégabaline pour les même raisons (nombreux abus et falsifications d’ordonnance) va très prochainement (24 mai 2021) subir le même sort : passage sur prescription sécurisée.


La gabapentine (comme jadis la zopiclone) elle n’est pas concernée.

Est-ce liée à une fixation sur des récepteurs différents comme on l’a vu

précédemment avec les hypnotiques ?


A priori non, car ces deux molécules se fixent au même endroit : la protéine alpha2–delta, une sous-unité auxiliaire des canaux calciques voltage-dépendants. (Taylor CP, Epilepsy Res. 2007)


Mais alors pourquoi n’avons-nous pas autant de cas d’addiction à la gabapentine qu’à la prégabaline ?


La raison (probable) viendrait de sa pharmacocinétique et pharmacodynamie différentes. (Bockbrader HN, Clin Pharmacokinet. 2010).


Même si la fixation est identique, sa lenteur d’absorption et sa biodisponibilité limitée (par le transport actif) n’en fait pas, tout au moins sur le papier, un bon candidat addictif.


Il conviendra néanmoins de surveiller les évolutions dans les mois à venir. Un mésusage de la voie pourrait apparaitre. Et si c’est le cas, vous devriez le déclarer au CEIP dont vous dépendez (coordonnées ici).


Prise en charge :

Reste après la question du switch, qui en clinique n’est pas facile puisque vous avez d’un côté un médicament linéaire et de l’autre non et qu’il n’y a rien de publié aux posologies élevées que l’on retrouve dans des situations d’addiction et qui sont pour la plupart supérieures à celles prévues dans l’AMM.

Une néozélandaise a fait un tableau d’équivalence (gabapentine vers prégabaline) en essayant de tenir compte de la biodisponibilité différente, mais aux posologies de l’AMM. L’inverse est probablement valable également.


La littérature parle de diminuer de 25 % la prégabaline (sans dépasser 50-100mg/semaine).


Voici deux documents qui pourraient vous intéresser.

Article 1

Document 2


Quoi qu’il en soit, le sevrage, s’il est entrepris, devra être progressif.


Et il faudra ensuite, le cas échant, traiter la cause (douleur, PTSD…) à l’origine de cette consommation.


Bon courage.