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Séminaire RFAS "usagers de drogues et politiques de santé" le 7 avril 2022 (hybride)

La Revue Française des Affaires Sociales et Publisocial vous convient à un séminaire en format hybride le 7 avril prochain, intitulé "Usagers et Usages de Drogues: Données de Recherches et Politiques Sanitaires"


programme et info: https://www.publisocial.fr/seminaire-publisocial-usagers-et-usages-de-drogues-donnees-de-recherches-et-politiques-sanitaires/

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Ce séminaire d’animation organisé par la Revue française des affaires sociales, fait suite aux deux précédents, dont l’un portait sur la production des données probantes par les institutions de santé (compte-rendu en ligne) et l’autre sur le rôle de la littérature grise dans la recherche (compte-rendu en ligne). Ces séances ont permis de souligner l’intérêt porté aux données produites par différents organismes au-delà du seul domaine académique. Les recherches débouchent généralement et de manières différenciées sur une dimension opérationnelle, que ce soit à l’échelle des pratiques professionnelles ou à celle de la décision politique. Que la finalité de la recherche soit pensée en amont ou non, les données produites par une enquête peuvent être utiles. Aussi, au regard de l’évolution des politiques publiques en la matière, les recherches sont de plus en plus un levier du processus d’innovation sociale et sanitaire.


Ce séminaire prendra pour objet d’échange les travaux portant sur les consommations de drogues (ou produits psychoactifs) et les liens effectifs, souhaités et souhaitables, avec les politiques menées par les pouvoirs publics en matière d’addiction. Les consommateurs n’appartenant pas à un groupe social homogène, les modes de consommation et les produits étant très variés, la plupart étant illicites (et donc avec moins d’indicateurs disponibles sur leur consommation), les recherches sur le sujet sont d’autant plus intéressantes qu’elles comprennent des défis méthodologiques et heuristiques importants.


L’approche en santé publique a évolué ces quarante dernières années, même si de nombreux acteurs soulignent encore l’inadaptation du cadre législatif. Dans le domaine sanitaire, c’est de plus en plus la réduction des risques (RDR) qui fait référence. Cette approche, au-delà de la prévention primaire des usages et du modèle de l’abstinence, permet une posture intermédiaire de limitation des risques et des dommages inhérents à la consommation, sans viser directement l’arrêt ou la diminution de celle-ci. Elle nous oblige donc à comprendre l’ensemble du phénomène de consommation de ces produits et à nous décentrer de la perspective de l’interdiction et de toute posture morale.


Aux échelles internationale, internationale et régionale, les recherches et les dispositifs qui visent à produire des données sur les phénomènes de consommation sont aujourd’hui nombreux. Durant ce séminaire, plusieurs d’entre eux seront présentés. L’objectif dans une perspective sanitaire est de mieux modéliser les facteurs cliniques et sociodémographiques associés aux diagnostics médicaux ; et ainsi de participer à mieux comprendre des problématiques qui ne sont pas visibles et lisibles. C’est par exemple le cas aujourd’hui des pratiques addictives de certains mineurs non accompagnés (MNA).


L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), rassemble par exemple via ses dispositifs permanents d’enquêtes statistiques (en population générale adulte et adolescente mais également auprès des structures de soins) les informations nécessaires pour éclairer les pouvoirs publics, les professionnels de santé et le grand public sur le phénomène des drogues et des addictions.


L’Observatoire porte également le dispositif Tendance récentes et nouvelles drogues (TREND) qui vise à identifier, décrire et comprendre dans les délais les plus brefs possibles les phénomènes émergents liés aux usages drogues. TREND mobilise pour cela des méthodes d’enquête qualitatives empruntées aux sciences sociales (entretiens individuels et collectifs, observations directes) et s’appuie sur une collecte de données à l’échelle locale[1]. Les espaces principaux d’observation se retrouvent dans la rue, les squats, les centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD), et les lieux festifs liés aux musiques électroniques, afin de documenter les usages des populations particulièrement consommatrices de produits. Les interventions mettront en lumière les conditions nécessaires au recueil de données auprès de consommateurs de drogues dont les pratiques se caractérisent par leur interdiction. Il s’agira également de caractériser la place du dispositif TREND dans le système d’information sur les drogues en France (notamment sa complémentarité avec les enquêtes statistiques) et de discuter de ses apports pour les usagers, les professionnels en contact avec eux, mais également pour les pouvoirs publics locaux et centraux en charge des politiques des drogues.


Enfin c’est la plateforme Psychoactif qui sera présentée dans ce séminaire. Elle est née en 2006 sous la forme d’un forum, du constat de l’absence de groupe de parole d’usagers actifs pour parler de la réduction des risques et des traitements de substitution. Psychoactif est une organisation d’autosupport : elle est gérée par des personnes qui sont ou ont été consommatrices de produits psychoactifs. Les objectifs de la plateforme sont à la fois « pratiques » (en aidant les consommateurs par le partage d’expériences et l’apport d’études scientifiques), et « politiques » : il s’agit pour ses animateurs de s’appuyer sur des centaines de milliers de témoignages recueillis pour faire évoluer les politiques publiques et les pratiques professionnelles sur les addictions. C’est cette dernière dimension qui sera intéressante à discuter dans ce séminaire : comment les données liées à l’expérience peuvent-elles nourrir une politique publique, conçue et mise en œuvre par des personnes non directement concernées par son objet ?


C’est aussi la complémentarité des méthodologies d’enquête ou de recueil des données qui sera discutée dans ce séminaire. C’est un effet des données issues d’enquêtes quantitatives, qualitatives, mais aussi des compte-rendu d’expériences qui seront présentés au cours de la séance. Comment les articuler pour penser une politique publique cohérente ? Les intervenant·e·s partageront la traduction possible des données d’enquête ou d’expériences vers l’action, que ce soit en termes de création de dispositifs, de pratiques professionnelles, ou d’évolution des politiques publiques.


Intervenant·e·s :

Benjamin Rolland, Professeur de Psychiatrie et d’Addictologie, Service Universitaire d’Addictologie de Lyon (SUAL) – CH Le Vinatier, Service d’Addictologie – Groupement Hospitalier Centre – CHU de Lyon

Comprendre, par la recherche, des problématiques invisibles

Clément Gérome, Docteur en sociologie, Chargé d’études, Coordinateur national TREND – Référent approches territoriales/outre-mer Unité FOCUS (OFDT)

Nina Tissot, Intervenante en CAARUD (Oppelia-RuptureS), éducatrice, sociologue, coordinatrice du dispositif TREND pour la région AURA (OFDT)

Documenter les usages, enquêter avec les usagers

Pierre Chappard, Président de Psychoactif, Chef de service du CSAPA Trait d’Union – Oppélia Paris, Chef de Service

Psychoactif, un espace de transformation social

[1] https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/trend/